Potager d'intérieur : ce qui pousse vraiment sur une fenêtre, et ce qui ne poussera jamais
Les photos de cuisines avec des tomates mûres sur le plan de travail vendent beaucoup de kits. La réalité d'un potager d'intérieur est plus modeste, mais pas décevante si on sait ce qu'on peut en attendre : des herbes fraîches, des jeunes pousses, des germinations, et un démarrage de semis pour le balcon. Voici ce qui marche, ce qui ne marche pas, et pourquoi.
Le problème unique de l'intérieur : la lumière
Dehors, un jour d'été ensoleillé apporte 50 000 à 100 000 lux. Derrière une fenêtre plein sud, à 50 cm de la vitre, on tombe à 5 000–10 000 lux ; au fond de la pièce, à quelques centaines. Une plante à fruits (tomate, poivron, courgette) a besoin de 6 h à plus de 30 000 lux. Une salade se contente de 10 000 à 15 000. Des germinations, de presque rien.
C'est toute la question. Une tomate sur un rebord de fenêtre, même plein sud, s'étiole, fait de longues tiges pâles, quelques fleurs, et presque pas de fruits. Ce n'est pas vous : c'est la physique.
Deux solutions. La bonne fenêtre : plein sud, sans voilage, plantes collées à la vitre, tournées d'un quart de tour chaque jour, un carton blanc ou de l'aluminium derrière pour renvoyer la lumière. La lampe horticole : une barre LED « full spectrum » de 20 à 40 W (15 à 50 €), à 15–25 cm des plantes, 12 à 16 h par jour sur un programmateur. C'est ce qui transforme un rebord de fenêtre en vrai potager d'intérieur, et c'est ce qu'on trouve dans tous les kits vendus pour ça, à un prix bien supérieur.
Ce qui pousse bien en intérieur
Les germinations et micro-pousses : 5 à 12 jours
Le seul potager d'intérieur qui ne dépende quasiment pas de la lumière. Graines de radis, moutarde, roquette, brocoli, tournesol, pois, lentilles, dans un germoir (10 €) ou une barquette de terreau de 3 cm. Récolte à 5–12 jours, quand les premières feuilles sont ouvertes. Goût intense, cycle ultra-court, toute l'année. Hygiène stricte : rinçage deux fois par jour pour les germoirs, terreau neuf à chaque fois pour les micro-pousses.
Les jeunes pousses et le mesclun : 3 à 4 semaines
Une jardinière de 10–15 cm de profondeur sur une fenêtre sud ou sous une lampe. Semis dense de mesclun, roquette, laitue à couper, épinard, moutarde. Coupe aux ciseaux à 3 cm du collet quand les feuilles font 8–10 cm, 2 à 3 coupes. C'est la culture d'intérieur la plus fiable après les germinations, et une excellente culture d'hiver pour un balcon potager : on rentre une jardinière en novembre.
Les aromates : les bons et les difficiles
Ciboulette : un pot rentré en janvier sur une fenêtre fraîche redémarre et donne en février. Menthe : tolère la faible lumière, aime l'eau, parfaite en intérieur à condition de la rempoter chaque printemps. Persil : fenêtre lumineuse, arrosage régulier, 3 L ; lent à démarrer, puis fidèle. Ces trois-là sont les aromates d'intérieur qui marchent.
Basilic : possible, mais exigeant. Fenêtre plein sud ou lampe obligatoire, 20 °C, pot de 3 L, arrosage le matin au pied, jamais d'eau dans la soucoupe. Sans lampe en hiver, il file et meurt. Les pots de supermarché (20 à 30 plants serrés dans 10 cm) meurent en dix jours quoi qu'on fasse ; divisez-les en 3–4 touffes et rempotez chacune.
Thym, romarin : ils survivent en intérieur, ne poussent guère, et meurent souvent de noyade et de manque de lumière en hiver. Mieux vaut les laisser dehors sous l'avant-toit.
Coriandre, aneth, cerfeuil : cycle court, lumière forte, montent vite en graines à la chaleur d'un appartement. À ressemer toutes les 4 semaines.
Les radis et laitues : sous lampe seulement
Avec une lampe à 15 cm, 14 h par jour, une jardinière de radis donne en 30–35 jours et une laitue à couper en 6 semaines. Sans lampe, en hiver, les radis font des feuilles et pas de racine.
Ce qui ne pousse pas (ou pas assez pour en valoir la peine)
Tomate, poivron, piment, courgette, concombre, haricot : sans une installation de lampes puissantes (100 W et plus par plante, chaleur, ventilation), les résultats sont dérisoires. Les kits « potager d'intérieur connecté » à 150–300 € qui promettent des tomates cerises donnent, au mieux, une poignée de fruits par trimestre sur une variété naine. Une tomate se cultive dehors, en 20 L, au soleil. Voyez tomates en pot.
Carotte, betterave, blette adulte, pois : trop de volume, trop de lumière, trop de temps pour un intérieur.
Fraisier : fleurit, mais sans pollinisateurs et sans lumière suffisante, presque pas de fruits.
Le vrai rôle du potager d'intérieur : démarrer les semis
L'usage le plus utile d'une fenêtre lumineuse ou d'une lampe, pour qui a un balcon, c'est le semis sous abri de mars-avril : tomates, poivrons, basilic, courgettes, démarrés à l'intérieur 6 à 8 semaines avant le dernier gel, pour avoir des plants prêts à sortir en mai. C'est ce qui permet d'avoir des tomates en juillet au lieu de septembre.
Les règles : terreau spécial semis, godets de 8 cm, 20–24 °C pour germer (le dessus du réfrigérateur ou de la box pour les poivrons, qui veulent 25 °C), puis lumière maximale dès la levée, sinon les plantules filent. Arrosage par le bas, étiquettes, et sept jours d'endurcissement progressif dehors avant la plantation. Notre article calendrier des semis donne les dates par zone.
Les erreurs d'intérieur
- Trop arroser. À l'intérieur, l'évaporation est faible : un pot reste humide une semaine. Les plantes meurent de noyade et de moucherons de terreau (sciarides), pas de soif. Test du doigt à 3 cm, soucoupe vide.
- Le radiateur. Un pot au-dessus d'un radiateur sèche en deux jours et cuit les racines. Décalez-le.
- Pas de drainage. Même en intérieur, des trous et une soucoupe.
- La fenêtre nord. Rien n'y pousse, sauf la menthe et les germinations.
- Les kits à 200 €. Une barre LED à 30 €, une jardinière et un sachet de mesclun font le même travail pour cinq fois moins.
Un potager d'intérieur raisonnable
Sur une fenêtre sud, avec ou sans barre LED : une jardinière de mesclun ressemée toutes les trois semaines, un pot de menthe, un pot de ciboulette, un pot de persil, un germoir, et de mars à mai, une étagère de godets de semis pour le balcon. Des herbes fraîches toute l'année, des jeunes pousses, et des plants de tomates prêts en mai. C'est modeste, et c'est exactement ce que l'intérieur permet.
Pour aller plus loin : Potager balcon : la méthode complète · Que planter sur un balcon · Calendrier des semis · Jardiner en ville
Sources : Semae, fiches « Jeunes pousses » et « Semis sous abri » · Rustica, « Potager d'intérieur : ce qui marche vraiment » · Espace pour la vie (Montréal), « Fines herbes à l'intérieur » et « Semis intérieurs » · Jardiner Autrement, fiche « Fonte des semis ».