Permaculture sur balcon : ce qui s'applique vraiment en pot, et ce qui n'a pas de sens
La permaculture est une méthode de conception de systèmes vivants, pensée pour des terrains, des fermes, des jardins. Sur un balcon de 4 m², en contenants, une partie de ses principes s'applique très bien, et une autre partie n'a tout simplement pas de sens. Cet article fait le tri, sans dogme, pour que votre potager de balcon en tire le meilleur.
Ce que la permaculture apporte vraiment à un balcon
Le sol vivant : pailler, composter, ne pas retourner
Le premier principe transposable, c'est le soin du sol, ou ici, du substrat. Un bac bien conduit n'est pas un support inerte : c'est un milieu où vivent champignons, bactéries et, si vous les introduisez, quelques vers.
Trois gestes issus de la permaculture et parfaitement adaptés au pot :
- Pailler en permanence. 3 à 5 cm de chanvre, paille, feuilles mortes ou carton brun. L'évaporation est divisée par deux, la surface ne croûte pas, la vie du substrat est protégée, et le paillis se décompose lentement en nourriture. C'est le geste le plus rentable du balcon.
- Nourrir avec du compost, pas des engrais solubles. 30 % de compost mûr dans le substrat de départ, un surfaçage de 2 cm en juin et en août. Les engrais organiques se libèrent lentement et nourrissent la vie du pot ; les engrais minéraux brûlent en volume fermé.
- Ne pas retourner, régénérer. En fin de saison, on ne jette pas le substrat : on retire les racines, on ajoute du compost, on couvre de feuilles pour l'hiver. Au bout de trois ans, on remplace la moitié.
Le lombricompostage, souvent associé à la permaculture urbaine, est la seule forme de compostage réellement adaptée à un balcon : une tour de bacs, 500 g de vers, 150 à 300 g de déchets végétaux par jour, et un compost fin plus un « thé de vers » à diluer. À l'ombre, entre 5 et 25 °C, rentré l'hiver au Nord et au Québec.
Les associations : ce qui marche en bac
La permaculture encourage les plantations mélangées plutôt que les monocultures. En bac, l'idée est bonne, à une échelle réduite. Six associations éprouvées :
- Bac de 40 L plein soleil : une tomate cerise au centre arrière, un basilic devant, une bande de laitue à couper qui profite de l'ombre de la tomate en été.
- Jardinière mi-ombre : trois fraisiers, des radis semés entre eux au printemps et récoltés avant que les fraisiers ne s'étalent.
- Bac de 20 L : pois nains en mars sur un filet, remplacés en juin par des haricots nains (les racines des pois enrichissent le substrat en azote).
- Jardinière « fraîche » : persil, ciboulette, basilic.
- Bac de 20 L mi-ombre : deux blettes à l'arrière, roquette et mesclun devant, ressemés toutes les trois semaines.
- Bac « méditerranéen » : thym, romarin, origan, sarriette, mêmes besoins de sec et de soleil.
Et trois erreurs : la menthe avec quoi que ce soit (ses rhizomes envahissent tout en un été), le thym avec le basilic (besoins en eau opposés), deux plantes à fruits dans le même bac (elles se font la guerre).
Les « plantes compagnes » répulsives (œillet d'Inde contre les nématodes, capucine contre les pucerons) ont une efficacité très variable et peu documentée en pot ; elles ont surtout l'intérêt d'attirer les pollinisateurs et les auxiliaires. Plantez-les pour ça.
Les auxiliaires : même au 5e étage
Un principe central de la permaculture est de laisser les équilibres se faire. Sur un balcon, ça fonctionne mieux qu'on ne croit : coccinelles, syrphes, chrysopes et mésanges trouvent un balcon fleuri même en hauteur. Ce qu'il faut : des fleurs (laisser fleurir la ciboulette, la roquette, un basilic en fin de saison ; un pot de soucis, de cosmos, de bourrache, d'alysse), et aucun traitement sans nécessité, même autorisé, parce que le savon noir ne fait pas la différence entre un puceron et une larve de coccinelle.
Apprenez à reconnaître la larve de coccinelle (un petit « alligator » gris-bleu à points orange) et les œufs jaunes en grappe sous les feuilles : beaucoup de débutants les écrasent en croyant à un parasite.
L'eau : stocker, infiltrer, ne pas gaspiller
Récupérer l'eau de pluie, même dans un seau pendant l'orage, est une bonne pratique : elle est meilleure que l'eau du robinet calcaire pour les semis et les plantes acidophiles. Les oyas (jarres en terre cuite enterrées qui diffusent l'eau par capillarité), les bacs à réserve d'eau et le paillage sont les outils permacoles de l'arrosage en pot : la plante prend ce dont elle a besoin, rien ne s'évapore inutilement.
Ce qui ne s'applique pas sur un balcon
La butte, la lasagne, le sol non travaillé. Ces techniques reposent sur un sol en place et sa faune. En bac, une « lasagne » de matières fraîches fermente, chauffe, attire les moucherons et affame les plantes pendant sa décomposition. Un bac se remplit d'un substrat mûr.
Les cultures pérennes et les strates. La « forêt-jardin » à sept étages n'a pas sa place sur 4 m². Quelques vivaces en pot (fraisier, ciboulette, menthe, thym, romarin) sont la version balcon, et elles demandent un hivernage.
Le zéro intervention. Un pot est un système fermé, totalement dépendant de vous pour l'eau et la nourriture. Un balcon potager ne s'autorégule pas ; il demande dix minutes par jour en été. La permaculture de balcon est une permaculture assistée.
L'autonomie. Un balcon ne produit pas une part significative de l'alimentation d'un foyer, quelle que soit la méthode. Il produit des aromates, des tomates cerises, des salades, des radis, des fraises : ce qui est meilleur cueilli à l'instant. Méfiez-vous des contenus qui promettent le contraire.
Permaculture et réglementation : ce que vous avez le droit d'utiliser
Un point où permaculture et loi se rejoignent : depuis la loi Labbé (1er janvier 2019), les particuliers en France n'ont plus accès aux produits phytosanitaires de synthèse. Restent les produits de biocontrôle, les produits utilisables en agriculture biologique (UAB) et les substances de base, tous reconnaissables à la mention EAJ (Emploi autorisé dans les jardins) et vérifiables sur le catalogue E-Phy de l'ANSES. Savon noir contre les pucerons, phosphate ferrique contre les limaces, Bacillus thuringiensis contre les chenilles, soufre et bicarbonate de potassium contre l'oïdium, cuivre avec parcimonie contre le mildiou. Les préparations maison (purin d'ortie, décoction de prêle) ont le statut de substances de base ou de préparations naturelles peu préoccupantes.
Un balcon permacole, concrètement
Un balcon de 4 m² conduit selon ces principes ressemble à ceci : six à huit contenants paillés, un substrat régénéré chaque automne, un lombricomposteur à l'ombre, deux oyas dans les gros bacs, un seau d'eau de pluie, un pot de fleurs mellifères, des cultures qui s'enchaînent (pois puis haricots, radis puis tomate, haricots puis mesclun d'automne), une observation quotidienne, et aucun produit sauf nécessité identifiée. Ce n'est pas une forêt-jardin. C'est un potager de balcon bien conduit, et c'est déjà beaucoup.
Pour aller plus loin : Potager balcon : la méthode complète · Potager en bac · Jardiner en ville · Que planter sur un balcon
Sources : Jardiner Autrement (plan Écophyto), fiches « Paillage », « Auxiliaires », « Associations » · Ministère de l'Agriculture, liste des produits de biocontrôle · ANSES, catalogue E-Phy · Rustica, « Permaculture en pot » · ITAB, fiches substances de base.